Trains de nuit : les opérateurs privés perplexes face au désengagement de l’Etat

2 mars 2016 | Actualités du ferroviaire, Voyageurs

Dès juillet prochain, l’Etat cessera de financer la plupart des trains de nuit. C’est ce qu’a annoncé le 19 février le secrétaire d’Etat aux transports Alain Vidalies lors d’un « point d’étape » sur la réforme des Trains d’équilibre du territoire (TET). Seules deux lignes sur huit (Paris-Briançon et Paris-Rodez-Latour de Carol) seront maintenues sous l’autorité organisatrice de Transport de l’Etat en délégation de service public. Ces trains de nuit restent exploités par l’opérateur historique. Le gouvernement reprend à son compte les constatations du rapport du député PS, Philippe Duron, sur l’avenir des TET : un taux de remplissage faible (35%), un coût au train kilomètre de 33,5 euros contre 20 € pour les TER, un matériel roulant hors d’âge…

Le gouvernement décide toutefois d’abandonner l’exploitation des trains de nuit en déficit, acceptant de ne conserver que les trains d’aménagement du territoire à destination des Hautes Alpes et de la Cerdagne. Pour les autres lignes « Des opérateurs ferroviaires pourront proposer des schémas d’exploitation innovants à leur charge », indique le ministre des Transports qui va lancer des « appels à manifestation d’intérêt » en précisant que «  le déficit d’exploitation pourrait être éventuellement financé par une autre collectivité publique ».

Une ouverture à la concurrence en « faux semblant »

Une précision bienvenue pour les candidats éventuels compte tenu de la perte récurrente de ces lignes de ces lignes qui, selon Alain Vidalies, « coûtent 100 € par voyageur aux contribuables ». Le déficit d’exploitation de ces lignes est passé de 200 millions d’euros en 2010 à 400 millions d’euros en 2015.

Ce dispositif laisse toutefois perplexes les opérateurs alternatifs réunis au sein de l’association française du rail (AFRA) qui, dans un communiqué, attendent « de connaître plus précisément les conditions et le périmètre de ces appels à manifestation d’intérêt » avant de prendre position. « Consterné », l’opérateur privé Transdev estime qu’il s’agit d’une ouverture à la concurrence pour les trains de nuit en « faux semblant » puisque les deux lignes déficitaires qui subsisteront, resteront dans le giron de la SNCF. Et celui-ci de préciser : cette « soi-disant » ouverture à la concurrence « consiste à demander aux opérateurs alternatifs de sauver les autres lignes de nuit qui sont à bout de souffle avec un matériel hors d’âge et dont l’équilibre économique est impossible ».

Cette ouverture éventuelle à la concurrence apparait bien compromise et a priori non viable dans la mesure où elle n’offre guère de perspectives de compenser l’exploitation de lignes déficitaires par des lignes potentiellement rentables. De fait, Alain Vidalies, interrogé par La Lettre Ferroviaire, affirme que l’ouverture à la concurrence des lignes TET de jour « n’est ni envisagée, ni envisageable ».

 Un investissement de 1,5 milliard d’euros sur le matériel roulant

Concernant les investissements de l’Etat, Alain Vidalies confirme un « renouvellement complet » d’ici à 2025 des rames circulant sur trois des quatre lignes TET structurantes (la Normandie est traitée à part) pour un montant de 1,5 milliards d’€. Dans ce cadre un appel d’offre, fortement critiqué par la Fédération des Industries Ferroviaire (FIF), sera lancé en 2016 (livraison des nouvelles rames à partir de 2020) et viendra s’ajouter au contrat de 34 rames en cours d’acquisition auprès d’Alstom pour un montant de 510 millions. Ce contrat avec Alstom va être en outre complété par une nouvelle commande directe de 30 rames pour 400 millions d’€.

A l’issue de la mission de concertation menée actuellement par le préfet François Philizot, rendez-vous est pris en juillet pour l’annonce des décisions concernant l’ensemble des lignes TET.

 

 

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